Ma Maison

Des commentaires issus de la consultation anonyme réalisée par le collectif ALO, l’Atelier 53 a décidé de publier en totalité celui-ci. Lettre ouverte aux « Fusionneurs », ce témoignage, par sa pertinence et sa sincérité, dévoile ce que représente pour la majorité d’entre nous notre engagement dans la recherche publique.

 

« Sur le fond l’idée de réfléchir aux périmètres de nos labos est plutôt saine. 60 ans après leur création il est possible que leur structure ne corresponde plus aux attentes. Il apparait cependant très clairement (les signataires du rapport du COPIL passent même aux aveux en expliquant que leur seule réelle hypothèse de travail est la fusion ! terribles aveux !) que l’ensemble est dicté par la volonté unique de fusion des labos, les autres hypothèses n’étant présentes que pour ne pas effrayer la population, ce qui est peu propice à des réflexions dénuées de passion. Nous allons donc vers une fusion imposée alors même que les structures, les modes d’organisation, et les volontés propres des agents diffèrent fortement pour les trois labos IN2P3 de la vallée. Ne pas comprendre (ou mine de ne pas comprendre) que l’organisation de la physique des particules et de la physique sur paillasse diffère radicalement, car les échelles de temps et les tailles des équipes sont adaptées aux physiques en question, car le fait de se poser en super-spécialiste d’une partie d’un détecteur dans le cadre d’une collaboration partagée à 1000 personnes diffère radicalement du mode de fonctionnement de petites équipes pour lesquelles l’ensemble de la chaine de production est assurée par quelques personnes (de la fabrication des échantillons jusqu’à l’écriture des articles), c’est ne pas comprendre la raison fondamentale pour laquelle la recherche scientifique s’épanouit dans des contextes différents, dans des équipes aux tailles différentes, à des échelles de temps différentes. Aucun de ces différentes organisations n’est supérieure à une autre: elles sont cependant pleinement adaptées aux recherches en question. Aucune raison ne peut justifier que le mode d’organisation de la physique du Higgs, parfaitement adaptée à cette recherche, doive s’appliquer à la physique des tas de sable. Si les trois labos IN2P3 de la vallée sont de taille différente, avec un mode d’organisation différente, et des aspirations différentes, si ces éléments ont été façonnés avec le temps au gré des mutation et des recrutements de agents, si nos labos se constamment adaptés à des situations nouvelles (quels changements dans la recherche en 60 ans !), si nos labos sont constamment évalués très positivement dans les agences de notation (avec certes les limites que nous connaissons tous), c’est, d’une part que les structures actuelles remplissent leur office dans un très large mesure, et c’est, d’autre part, l’implication forte de tous les agents pour contribuer à une œuvre collective. Nous pouvions parfaitement débattre de ces questions, et voir dans quelle mesure nos laboratoires pouvaient s’organiser différemment dans certains domaines, sans remettre en cause de manière radicale leurs fondements. Ce n’est pas le choix qui est fait et je le regrette très profondément. J’ai toujours été viscéralement attaché à l’IN2P3, à la force de cet Institut qui a souvent été à la pointe des évolutions du CNRS. Aujourd’hui la volonté centralisatrice de cette fusion est à l’opposé des modèles de structures plus légères qui voient le jour actuellement à l’étranger. Pour la première fois je me dis qu’il est possible que je quitte l’IN2P3, ma maison. Une question qui était sans fondement il y a peu. Je n’ai aucun souci pour retrouver un autre labo mais c’est la tristesse qui domine. Je ne quitterais pas mon labo, le cas échéant, mais on aura supprimé mon labo: la nuance n’est pas uniquement une question de langage, elle pointe surtout que les labos n’existent que par la passion des femmes qui les animent. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *